Tuesday, July 5, 2016

Julieta, 2016

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Dernier film du réalisateur et scénariste Pedro Almodóvar, Julieta est un drame espagnol adapté de trois nouvelles d’Alice Munro tirées de son recueil Les Fugitives. Almodóvar est connu notamment pour Todo sobre mi madre (Tout sur ma mère) et Volver, qui traitent souvent des rapports parent-enfant, ce qui est le cas dans Julieta ; mais aussi de l’identité sexuelle.
Dans ce film, Julieta est jouée par deux actrices différentes : Emma Suarez et Adriana Ugarte. Alors que Julieta décide de quitter Madrid définitivement avec Lorenzzo, son compagnon, elle rencontre Bea, l’amie d’enfance de sa fille Antìa, qu’elle n’a pas vue depuis douze ans. Elle reprend donc ses recherches, attendant toujours désespérément une lettre de sa fille…

Pour Julieta, Almodóvar a choisi un montage en flash-backs qui marquent les pensées du protagoniste lorsqu’elle se plonge dans ses souvenirs. On a donc une alternance entre deux Julieta : celle du passé et celle du présent, jouées par deux actrices différentes. Elles permettent de mettre en évidence la duplicité du personnage et l’évolution de la mentalité de celle-ci, de son idéalisme aveuglant jusqu’à la mort de son compagnon qui change à jamais sa vision des choses : elle voit la vie différemment, pour elle tout est plus sombre. Pour appuyer ces différents points, le réalisateur a compté sur la symbolique des couleurs, ici le jaune qui représente la trahison – dans Julieta, on peut compter six trahisons affectives, plus celle de Marian qui failli à son devoir de loyauté envers Xoan, son patron, en annonçant à Julieta qu’il la trompait-.

Julieta, après la rencontre de Beatriz, s’installe dans un des anciens appartements de l’immeuble où elle a habité avec Antìa après le décès de Xoan, le père de celle-ci, et se met à écrire. Pour Antìa ; et pour se rassurer elle-même peut-être, entendre la vérité encore une fois, se dire que cette fois-ci elle la retrouvera. Mais cela fait douze ans déjà, et ce journal permet, après toutes ces années, d’alléger le poids de la disparition de son enfant et de la peine que cela lui inflige. En effet, cette absence la rongeait, bien qu’elle ait appris à vivre avec, de force, mais la rencontre de Lorenzzo, un écrivain qu’elle a croisé pour la première fois dans les couloirs de l’hôpital où elle allait voir Ava, l’a aidé à mettre de côté les recherches d’Antìa, et à vivre.
Ce film est non seulement un pèlerinage de la mémoire, mais aussi spatial : elle erre dans les rues de Madrid, scrutant la foule, attentive à chaque visage, comme si sa toute petite pouvait surgir d’un instant à l’autre. Julieta revient s’asseoir sur le même banc en face du terrain de basket, s’imaginant les deux inséparables jouer ; elle reprend même un appartement là où Antìa et elle se sont installées après la mort de Xoan.

La place de la femme est importante dans le film ; en effet, Marian, la domestique, fait régulièrement des réflexions à Julieta sur sa « situation ». Elle l’exhorte à rester femme au foyer, car ce serait la vraie place d’une mère. Mais Julieta insiste pour reprendre ses cours de philosophie et n’a pas l’air d’accepter les propos de Marian sur la femme dans la société.
Ici, Almodóvar et Munro opposent l’esprit traditionnel de la famille issu de la période pré-guerre civile, et incarné par Marian: le mari travaille, alors que la femme reste à la maison, s’occupant des enfants et préparant le repas… Tandis que Julieta, dans son refus, représente la société nouvelle, post-guerre civile qui a évoluée : en effet, les familles monoparentales –comme Julieta après le décès de Xoan- ou homosexuelles autrefois exclues peuvent maintenant s’intégrer socialement.

La relation entre la mère et la fille évolue au fur et à mesure qu’avance le film, passant de très proche à distante. En revanche, entre Antìa et son père, ce lien est quasi-fusionnel, grâce à sa passion pour la pêche notamment. La dispute du couple, entraînant le départ de Xoan en mer en pleine tempête, et son décès, crée une rupture progressive du lien mère-fille. Julieta, qui sombre dans la dépression à ce moment-là, aggrave inconsciemment ce phénomène d’éloignement ; elles finissent par ne plus se parler. C’est pourquoi c’est avec étonnement et surprise qu’elle apprend le départ de sa fille et son appartenance à un groupe religieux: Antìa coupe les ponts avec sa mère, au grand désespoir de celle-ci.

Julieta est un drame où se battent secrets d’adultes et mensonges, avec au milieu une enfant, seule devant la pierre qu’est devenue sa mère ; c’est ce que nous raconte Julieta, douze ans après, toujours à la recherche de sa petite Antìa…

Un film fort, sombre mais profond dans le message qu’il prodigue. Julieta est encore au cinéma pour ceux qui auraient envie de le voir.

ML

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