Wednesday, August 3, 2016

Le Professeur de Violon, 2016

le-professeur-de-violon.jpg

Le violon, d’aspect inoffensif, devient dans les mains habiles d’un musicien chevronné, tantôt une arme -comme dans la scène où des membres d’un gang menace Laerte avec un pistolet et lui demande de jouer- contre des faits d’actualité et pacifique -comme la ségrégation raciale au Brésil, cela devient un moyen de manifester- ; tantôt un moyen d’expression fort, comme pour ces jeunes des favelas qui sont tentés par la drogue, les trafics en tout genre…
Symbole du pacifisme et de la non-violence, le personnage de Laerte, violoniste prodige redonne vie à une classe d’une favela de São Paulo, Heliopolis -la ville du soleil en grec-, renaissant lui-même grâce à cet échange, après l’échec de l’audition qui devait changer sa vie.

Le Professeur de Violon, réalisé par Sérgio Machado, possède une direction artistique très réussie: la bande son est magnifique, on pourrait fermer les yeux et juste écouter les morceaux de classique se suivre, s’enchaîner naturellement -la composition musicale à été travaillée par A. Guerra et F. de Souza. On a aussi un jeu d’acteur tout en émotion, qui est dosé comme il faut.

Après, je trouve peu original le fond de l’histoire : une classe en conflit qui ne sait pas jouer, à qui on impose un jeune violoniste à la vie personnelle décadente, qui va renaître grâce à l’enseignement, leur apprenant à jouer comme des professionnels ; mais son adaptation au climat de tensions actuel brésilien est intéressant. On se rend compte que le quartier, le peuple, l’ensemble d’êtres humains étant à l’origine de ce genre de manifestations, ici violente, où le désir de changement est exprimé à travers la colère, prennent pour symbole l’un des leurs, celle de trop, la victime qui fait monter en eux un tel sentiment de tristesse haineuse et de détermination. Ils sortent, et se battent. C’est ce qu’exprime la séquence de la révolte dans la favela, où tous, sans exception sont dehors, prêts à défendre leurs intérêts. Plus de victimes. Vous me direz que cela peut paraître un peu cliché. Mais quel autre moyen y-a-t-il que la manifestation comme moyen d’expression de son désir de changement et d’insatisfaction au gouvernement ? Il y a le dialogue, mais comment discuter alors qu’on a peur de mourir en sortant de chez soi ?

ML