Sunday, December 11, 2016

Festival Lumière- Close-up, 1991

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Voilà peu de temps qu’Abbas Kiarostami nous a quitté. Il y a de ces personnes qui laissent des traces ; on se souvient d’eux ; on réécoute leurs chansons, on revoie leurs films. Kiarostami fait parti de ces gens là.

Malheureusement –et vous ne pouvez pas savoir à quel point j’en suis désolée à cet instant, quand je repense à mon émerveillement à la sortie de la salle-, je ne connaissais pas ce réalisateur iranien avant son hommage au Festival Lumière cette année avec la projection de Close-up.

Le réalisateur du Goût de la Cerise nous offre avec ce film emplît d’humanité, une constante balance du spectateur entre fiction et réel, le malentendu de la scène devenant total. Dans les faits, Kiarostami s’est servi d’un fait réel qu’il trouvait intéressant et a décidé d’écrire un film dessus : un homme pauvre abuse d’une famille noble en se faisant passer pour le réalisateur iranien Makhmalbaf.

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Close-up, c’est avant tout la tentative de Kiarostami de mettre en scène le réel. Une tentative, on le dira tous, on ne peut plus réussie. Il plonge le spectateur à la place d’un homme qu’on ne croit ni coupable ni innocent. On doute donc jusqu’à la fin de la véracité des faits qui se déroulent sous nos yeux, le réalisateur ayant fait une distinction entre les scènes de procès et les scènes extérieures au tribunal par des changement de colorisation de l’image. En effet, le noir et blanc des scènes de procès ajouté à un grain sur l’image donne un aspect très réaliste et insuffle une dynamique au film intéressante.

Pour réaliser son film, Kiarostami choisi de tourner après le procès, rejouant ainsi devant la caméra les faits passés avec les personnes impliqués. Le spectateur se voit donc piqué au vif lors de l’intervention du réalisateur –ou du moins de son personnage dans le film. Il s’identifie bien comme M. Kiarostami interviewant des soldats au sujet de l’écriture d’un article sur cette affaire.

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Close-up, c’est aussi des expérimentations techniques : les coupures sons à la fin du film, que le dialogue fait passer pour un problème de matériel lié au conditions de tournage, est en réalité le fruit de recherches esthétiques du réalisateur dans le but de rendre la scène plus poétique. La poésie est un des piliers du cinéma de Kiarostami. Ali Sabzian et Makhmalbaf sont sur une motocyclette ; Ali achète des fleurs pour la famille. Cette scène est magnifique –c’est là qu’il y a la coupure son-, la température de l’image qui tend vers les roses donne une ambiance

Kiarostami laisse une signature visuelle assez particulière et qui lui est propre. En effet, il innove en utilisant des procédés stylistiques originaux comme dans la scène de la voiture au début du film où il choisit de ne pas mettre de contre-champ, lié à la réaction des protagonistes à l’apparition d’un tiers ou d’un objet dans le hors-champ.

Le cinéma. C’est un outil souple, malléable. Un support unique d’expression artistique mais aussi de l’expression de soi et de ses idées. L’âme de chaque film se pare d’idéo qu’elle défend et qui fait passer un message au spectateur sur quelque chose/quelqu’un ou un/des fait(s) d’actualité, ce qui est le cas ici. En effet, Kiarostami étant originaire de Téhéran, la capitale iranienne, il évoque avec facilité et naturel la vie dans son pays. Il peut ainsi mettre en valeur les difficultés qui se posent au peuple iranien en connaissance de cause, celui-ci ayant vécu et grandit là-bas.

Cette vision d’un cinéma alliant réalisme poétique et fiction dénonciatrice est ce que reflète Close-up et ce que porte l’univers de Kiarostami. Film à voir absolument pour les non-initiés au cinéma de Kiarostami !

ML